Le drame de la grotte de la Creuse - BLAMONT - DOUBS

lundi 31 octobre 2016
par  Claude
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Effroyable accident, tragédie, drame, catastrophe, ... tels sont les termes employés par les médias du pays pour relater l’accident du 11 novembre 1950 survenu dans la grotte de la Creuse à Blamont.

Une petite sortie spéléologique banale venait de se transformer en deuil national.


Mais que s’est-il passé ?


LE "TROU DE CREUSE" :

Le "Trou de Creuse" communément appelé dans le secteur, s’ouvre au pied d’une forte pente boisée de 90 m de hauteur, que domine le village de Blamont, au fond d’une reculée typique du relief karstique : Le vallon de Creuse.
L’orifice d’entrée, à 480 m d’altitude, se présente par un petit porche de 1 m de hauteur pour 1,50 m de largeur, aujourd’hui fermé par une grille. Le ruisseau de Creuse en sort, emprunte le vallon du même nom, reçoit quelques petits affluents et se jette dans la Doue à l’entrée du village de Glay, pour former le Gland, affluent du Doubs.






CONNAISSANCE DE LA CAVITE :

La grotte de la Creuse est mentionnée dans plusieurs ouvrages anciens en tant que fontaine, lavoir ou lieu-dit. La galerie d’entrée a certainement été visitée par les fontainiers et chercheurs d’eau.
Le premier compte-rendu est le fait d’Eugène Fournier dans ses 6éme campagnes (1903 - 1904). Il nous fait part de son exploration jusqu’à 300 mètres de l’entrée.

LES EAUX SOUTERRAINES, SOURCES, RESURGENCES, ... E. FOURNIER - 1926.


Le 15 juillet 1934, l’équipe Wéité réalise l’exploration et donne un compte-rendu très concis dans sa première campagne : "très pénible, à revoir ..."
Le 16 octobre 1970, soit 20 ans après l’accident, le GS Porrentruy découvre la voûte mouillante désamorcée de quelques centimètres, fait baisser le niveau en creusant un chenal et trouve la suite.
En novembre, le même club remonte la cheminée de la cascade.
L’exploration est interrompue en 1971, le maire de Blamont ayant décidé d’interdire l’accès aux étrangers ...
A la demande du GS Porrentruy, des pourparlers sont entrepris par le GS Catamaran auprès du maire ... Ils débouchent par une expédition nocturne et clandestine franco-suisse le 24 octobre 1971.
Au cours de cette sortie commune, la partie amont de la cavité est découverte et la topographie globale réalisée, soit 1152 mètres.


Pratique de la BIOSPEOLOGIE :

La biospéologie, quelquefois nommée biospéléologie, est l’étude des organismes cavernicoles, c’est-à-dire vivants à l’intérieur des cavités terrestres.
Le club de Lure semble, à l’époque, très concerné par la pratique de la biospéologie. Cela est dû, pour l’essentiel, aux travaux de Raoul Simonin, devenu correspondant de la faculté de Nancy et qui collecte des spécimens. Les sorties du GSL sont donc motivées par la recherche de ces organismes.
D’ailleurs, nous avons rencontré la thésarde BRESSON Jeanine qui a étudié les aselles retrouvées dans les poches de Raoul Simonin le 11 novembre 1950 !
En hommage à sa mémoire, une nouvelle espèce sera nommée Asellus (Baicalasellus) Simonini avec en nota : Espèce dédiée à Raoul SIMONIN du Groupe spéléologique luron.


LA VISITE INTERCLUBS :


La presse régionale et nationale a fourni une large évocation de cet accident. Les récits sont parfois divergents. Ci-dessous le déroulement de cette expédition le plus plausible ...

Le 10 novembre 1950, treize spéléologues arrivent au matin à Blamont pour visiter la grotte de la Creuse et également capturer des cavernicoles.
Quatre d’entre eux appartiennent au club de Lure (André MAIREY, Jacques DURUPT, Raoul SIMONIN et Jacques FREYMINET) et les quatre autres au club de Belfort (Maurice ROTH, Michel MOZER, Antonio SALVADOR et Claude VIEN).
Un autre groupe (André ECREMENT, François MASSON, Jean COUILLEBOT, Jean CUEZAT et Ginette ROTH) avait prévu de descendre le même jour au Trou de la Chouette (La presse parle du Trou de la Chouette à Villars-Les-Blamont. Mais il s’agit certainement du Creux Serré à Chamesol, beaucoup plus proche et plus rapide à explorer et où la découverte de la galerie supérieure avait été réalisée la semaine précédente. André POILLET nous avait confirmé cette version de son vivant).
Les deux groupes se sont fixés rendez-vous vers 19 h pour l’apéritif commun avec le docteur AUMEUNIER, avec un délai de sécurité à 23 h.

Le matin, les spéléologues descendent accompagné d’AUMEUNIER, un passionné de Blamont qui était venu leur indiquer l’entrée.
Les spéléologues s’équipent dans la grange d’Ernest CATTIN.
L’entrée dans la cavité se fera vers 15 h, après le repas, alors qu’il pleut légèrement.
Au cours de la visite, Jacques FREYMINET fortement indisposé par le froid, renonce à l’exploration vers 17 h et regagne la sortie.

Le groupe parti explorer le Trou de la Chouette sort vers 20h30, mais se perd au retour et arrive au rendez-vous vers 22h30.
Sans nouvelle du deuxième groupe, Jacques FREYMINET devient inquiet. Très rapidement, vers 23h30, un groupe composé de Jacques FREYMINET, Ginette ROTH et deux agriculteurs Mrs VANNIERr et CATTIN, se rend à l’entrée de la grotte de la Creuse et ne trouve pas de trace des spéléologues.
Mrs FREYMINET et CATTIN se rendent chez le docteur AUMEUNIER pour déclencher les secours.

Vers 2 h du matin, le corps de Jacques DURUPT est retrouvé à quelques mètres de la sortie de la grotte, suivi de celui de Antonio SALVADOR.
Vers 9 h du matin, un spéléologue secouriste réussi à pénétrer dans la galerie et retrouve le corps de Raoul SIMONIN.


Le niveau des eaux baissant, vers 15h15 des spéléos locaux poursuivent les recherches et trouvent le corps de Maurice ROTH qu’ils parviennent à extraire. Ils signalent également la présence d’un autre corps dans le siphon.
Environ un quart d’heure plus tard, les corps de Michel MOZER suivi de Claude VIEN sont retirés.

La Creuse le 12 novembre 1950 ...


Vers 18 h 45, un pompier de Paris déclare avoir cru entendre une réponse à ses appels.
Entre 20 h et 20h30, les pompiers de Paris parviennent à progresser d’environ 150 m. Il est 21 h lorsque André MAIREY est retrouvé vivant par les sauveteurs. A 21 h 20, il sort de la cavité

La Creuse le 13 novembre 1950 ...




LES EXPLORATEURS :



Michel MOZER (♂ 1932, † 11/11/1950), étudiant, spéléologue au Groupe Spéléologique Belfortain
âgé de 18 ans en 1950.


JacquesFREMINET (♂ 1932, ?), étudiant, spéléologue au Groupe Spéléologique de Lure
âgé de 18 ans en 1950.


Jacques DURUPT (♂ 1925, † 11/11/1950), mineur, spéléologue au Groupe Spéléologique de Lure
âgé de 25 ans en 1950.


Antonio SALVADOR (♂ 1925, † 11/11/1950), charpentier, spéléologue au Groupe Spéléologique Belfortain
âgé de 25 ans en 1950.


Raoul SIMONIN (♂ 1925, † 11/11/1950), employé d’une ccpérative agricole, spéléologue au Groupe Spéléologique de Lure
âgé de 25 ans en 1950.


Maurice ROTH (♂ 1922, † 11/11/1950), chromeur-étalagiste, spéléologue au Groupe Spéléologique de Lure
âgé de 28 ans en 1950.


Claude VIEN (♂ 12 octobre 1921, † 12/11/1950), commerçant, spéléologue au Groupe Spéléologique Belfortain
âgé de 28 ans en 1950.


André MAIREY (♂ 1914, † 10/04/2006), docteur, président du Groupe Spéléologique de Lure
âgé de 36 ans en 1950.




LES SECOURS :


Les secours sont déclenchés le 10 vers minuit.
Les spéléos ECREMENT et MASSON partent chercher des secours à Valentigney et Belfort.
Sur place, les premiers secours sont organisés par le maire CATTIN, le docteur AUMEUNIER et l’abbé BARATTE. Mais que faire ? Il fait nuit, pas de moyen de secours et la grotte est noyée ...

Plusieurs personnes offrent leurs services et vont veiller durant toute la nuit devant l’entrée de la grotte.
Les responsables des groupes spéléologiques régionaux sont alertés (Mrs JANSENNE, WEITE, DESCHAUX, CONTEJEAN, PELLETIER ...)

Le président de l’ASE, Roger PELLETIER et Jacques COLLOT, sont arrivés assez rapidement de Vesoul, en voiture.
Les tentatives pour essayer de pénétrer à l’intérieur de la cavité furent des échecs, tant le débit était trop fort. Aucun passage n’était possible.
Pour faciliter la sortie des eaux, il est décidé de faire une brèche dans la barre rocheuse qui retient l’eau et l’empêche de s’évacuer correctement. Une entreprise de Montbéliard met son matériel à disposition. Un compresseur et un marteau pneumatique sont mis en service vers 10 h 15. Le niveau d’eau baisse de 15 cm en 30 mn.
Les ministères ont été alertés.
Une équipe spécialisée des sapeurs-pompiers de Paris est mis en alerte et un avion affrété. Mais en raison des mauvaises conditions atmosphériques, l’avion se pose à Dijon. Le reste du voyage se fera par la route.
Un détachement de sapeurs du génie de Toulouse est également acheminé sur place. Les préfets du Doubs, de la Haute-Saône et du Territoire de Belfort ont fait le déplacement.
La seule tentative de sauvetage serait de progresser depuis l’entrée de la cavité en luttant contre le flux des eaux. C’est ce que font les spéléologues locaux dans l’eau glacée avec un équipement inadapté : COLLOT, CHARRIERE, CONTEJEAN, DESCHAUX, POILLET, RONDOT ? ... Un scaphandrier doit renoncer, sa combinaison ayant été déchirée par les rochers.
Il faudra attendre la baisse des eaux pour progresser de plus en plus loin dans la grotte. Vers 20 h, les pompiers de Paris sont à environ 150 m de l’entrée. Le contact oral est établi seulement vers 21 h par un homme du Génie de Toulouse.
La sortie du survivant se fait en 20 minutes.


LES CONDITIONS CLIMATIQUES :


D’après la presse locale, il pleut depuis le vendredi 10. Le 12 novembre, la région est en crue.
On parle même d’une crue exceptionnelle. L’eau a envahi la place du temple et les rues avoisinantes à Audincourt. Rarement, on vit une crue aussi subite et l’eau monter avec une telle rapidité dans les dernières heures de l’après midi.
Quand le groupe est rentré dans la grotte vers 15 h, il pleut légèrement et le niveau de l’eau commence à monter.
Vers 17 h, quand Jacques FREYMINET renonce à l’exploration, il réussi à sortir, mais 1 h plus tard, il devenait difficile de forcer l’étroiture menant à la sortie.

LA PRESSE :


datejournalArticlecontexte
13 novembre 1950 Est Républicain Récit complet de l’accident et des secours, photographies ...
13 novembre 1950 La Patrie Récit de l’accident et des secours ...
13 novembre 1950 La République Récit de l’accident et des secours ...
13 novembre 1950 Le Progrès Récit de l’accident et des secours ...
13 novembre 1950  ? Récit de l’accident et des secours ...
13 novembre 1950 Midi Libre Récit de l’accident et des secours ...
14 novembre 1950 Le_Meridional Les commentaires de DE JOLY, président de la Société Spéléologique de France ...
14 novembre 1950  ? Le désespoir du docteur Mairey ...
14 novembre 1950 Le Méridional Le désespoir du docteur Mairey ...
14 novembre 1950 Radar Le désespoir du docteur Mairey ...
14 novembre 1950 Paris Presse Le désespoir du docteur Mairey ...
15 novembre 1950 Le Comtois Récit de l’accident et des secours ...
15 novembre 1950  ? Le club Luron sévèrement touché ...
15 novembre 1950  ? D’autres accidents du même genre ...
15 novembre 1950 La République L’avis du Comité National de Spéléologie ...
18 novembre 1950 Le Pontissalien Récit de l’accident et des secours ...
19 novembre 1950 France Dimanche L’accident vu par la presse à sensation ...
23 février 1950 Est Républicain Commémoration ...
09 novembre 2000 Est Républicain Annonce commémoration du cinquantenaire ...
12 novembre 2000 Est Républicain Commémoration du cinquantenaire ...
14 novembre 2000 Le Pays Commémoration du cinquantenaire ...
12 novembre 2010 Est Républicain Commémoration du soixantenaire ...



COMPTE-RENDUS ET NOTES DIVERSES :


AuteurArticlecontexte
Colonel LAURET Souvenir témoignage d’un sauveteur ...
Lieutenant-colonel BESSON P., sous-directeurdu Centre National d’Etudes de la Protection Civile Nécessité d’un plan de secours : ORSEC ...
Docteur Mairey Témoignage du rescapé ...
Mairie Programme du cinquantenaire ...



L’accident de La Creuse reste à ce jour le plus meurtrier survenu en France ...

Il est à l’origine :

- de la création du "plan ORSEC" de l’administration.

- du Spéléo Secours Français avec les équipes départementales de secours spéléo.




BIBLIOGRAPHIE :


1919, FOURNIER E., GOUFFRES, GROTTES, ..., p 54-55.
1923, FOURNIER E., GROTTES ET RIVIERES SOUTERRAINES, p 64.
1926, FOURNIER E., LES EAUX SOUTERRAINES, p 59.
1943, GSPM, Résultat de 2 années d’exploration souterraines. 1964, GSM, Bulletin ASE n°1. 1974, CROISSANT P., Bulletin ASE n°11, p17. 2000, CDS25, LA FEUILLE DE CHOU n°2.
2012, COLLOT P., le drame du Trou de la Creuse, 118 p.
Le site internet de JC. FRACHON : juraspeleo.fr


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